mercredi 8 mars 2017

Parfois, il s'agit de se faire un petit monde à soi, de se le remplir, de se mettre bien dedans comme il faut avec le confort et la sensation des draps lavés c'était hier dans la nuit les machines ont tourné ronronné dans leur pièce bien à elles où on leur laisse l'espace. Ça nous a donné des draps tout blancs tout neufs avec de l'humide mais pas trop des senteurs de machine, des draps qu'on va bientôt repourrir, ce n'est pas du voulu de l'exprès, c'est de l’incontrôlé, ça sort c'est tout et les draps sont là, en-dessous, mauvais endroit, on les relavera, ce sont juste des draps d'hôpital dans lesquels vomir attendre mourir ou vivre ou. Tout se formule vite et se déformule, ça ne consiste pas à vivre mourir, ça se passe dans la formule qui ne sort jamais, juste les gémissements habituels. Suivre l'aiguille de l'horloge sur le mur, ça je peux, dans mes petites cordes, quand elle tourne en rond l'aiguille et autour de quoi, autour de rien dans les yeux la fatigue c'est une aiguille qui tourne autour de avant de m'attraper et de me piquer dans les entournures et même un peu partout mais surtout les paupières sans pitié et ça se ferme sans avoir le temps de songer. 

vendredi 24 février 2017

L'infirmière arrive avec des yeux prêts à sortir des larmes en trois clignements, des yeux de qui a perdu quelqu'un de malade de parti pour de bon et qu'on a enterré, quelqu'un qui fait tout couler depuis, qui n'est pas là pour dégainer son mouchoir. Quelqu'un qui prendra d'abord toute la place dans l'esprit, éparpillera des petites choses pour rappeler sans qu'on donne l'accord. Quelqu'un qui bientôt perdra sa voix qu'on arrivera même plus à recréer dans l'oreille, grave aigu, aucune variation, puis plus de petite voix, ça se sera rendu muet. Après ça sera l'évaporation du corps du visage, en ne laissant rien que des pensées invisibles pour boursoufler au bord des yeux. Des visages, j'en invente dans ma tête, des yeux des bouches des nez, tout pour me donner à voir du crédible et que ça tienne debout. Les visages, je les fais tomber malade jusqu'à ce que les yeux se ferment à un moment avec la mort. Ça me fait glisser des larmes, ça me fait du bien comme enlever avec la langue un morceau coincé entre deux dents. On se sent enlevé d'une chose gênante, pareil pour les gens malades parce qu'au début on se doit de les aimer, les soutenir mais ça commence à faire de vrais maux de les voir changer. On se dit je le reconnais pas, c'est pas celui ou celle. La mort, elle arrive en préparant son petit terrain. La mort qui rend tout chose tout pâle tout crevasseux, dépose des taches et que ça commence à se voir. La mort met des chats dans des gorges puis de la caillasse tout un tas de choses gênantes pour donner toux grasse. Moi même j'ai la crevasse palote, c'est que ça ne devrait pas tarder. Après, il s'agit de cracher de l'invisible jusqu'à se décoller les parois, fermer les yeux jusqu'à y trouver une lumière, c'est le signal. Il faudra composer avec des temps passés désormais. On pose deux doigts sur les paupières, deux mains l'une sur l'une pour les prières ou on pleure à s'en faire des œdèmes on s'écroule on aimerait voir des lumières aussi mais on est incapable de voir autre chose qu'un corps presque plus tiède trop flétri fruit sec pruneau ou on se tait et on baisse la tête. Un jour ou l'autre, le visage ira hanter d'autres regards, la voix se trouver d'autres oreilles. 

lundi 6 février 2017

Un oiseau se jette contre la vitre pour annoncer qu'il y aura toujours des vitres. Je fais des rêves de vitres, d'oiseaux, de vitres jetées contre des oiseaux, des rêves dans lesquels je veux me jeter mais on me retient on m'étrangle avant de me jeter complètement parce qu'il n'y a plus d'intérêt à m'empêcher de faire si je suis déjà trop étranglé pour. Je fais des rêves de moi oiseau mais à chaque fois il y a une vitre pour m'étrangler il y a un réveil qui sursaute, des douleurs au niveau de l'étranglement ou bien au niveau des ailes ou bien au niveau de tout ou bien pas assez de douleur et ça me rendort et ça refait pareil, à me réveiller alors que c'est pas encore vraiment l'heure de. Alors, je me parle dedans assez fort pour m'entendre penser qu'il y aura toujours des vitres.

jeudi 19 janvier 2017

Canapé de mes parents salon de mes parents nous sommes assis de manière à ce que tu apparaisses au premier plan plus grande que tu ne l'es au premier plan imposante ton regard fixe ton regard éteint ton regard qui sait déjà je porte la chemise verte à carreaux que tu m'as offerte la chemise verte à carreaux que je n'aime pas mais que je dois porter et que je dois aimer car c'est toi qui me l'as offerte cette chemise verte à carreaux que tu emporteras quelques mois après ce jour dans le salon de mes parents sur le canapé de mes parents et ce portrait d'un semblant de nous.



Torre del Mar, Espagne, j'essaye de faire des ricochets sur la mer avec des galets j'échoue probablement j'ai ce slip de bain que j'avais emprunté puis volé à un copain pour aller à Aquaboulevard quand j'avais dix ans je te tourne le dos l'image est figée mais sonore j'entends ton rire qui se moque de ma maladresse et du slip d'enfant ridicule et les vagues rient avec toi contre moi en avalant les galets je ne veux pas te faire rire mais je continue de lancer galet après galet pour tuer le temps pour tuer les vagues chaque seconde passée le dos tourné est une occasion de plus pour ne pas affronter ton regard.



J'ai brûlé la photo la dernière qu'il me restait de toi et le bout de mon doigt alors que je croyais pouvoir ton visage une dernière fois ta photo d'identité partie en fumée dans le cendrier sur le balcon fumée qui m'a piqué le nez ta photo d'identité que tu avais signé d'un baiser au rouge à lèvres rouge et d'un je t'aime disparu tout ça j'ai brûlé la photo mais les femmes que je croisais toutes les femmes portaient sur le leur ton visage alors j'ai voulu brûler ce souvenir le dernier qu'il me restait de toi mais la boîte d'allumettes était vide. 

mardi 10 janvier 2017

AMOUR

« Si tu m'aimes, que me donnes-tu ? »
Il lui donne son cheval rapide.

« Si tu m'aimes, que me donnes-tu ? »
Il lui donne sa maison ;

Puis, il donne toutes ses richesses, et toujours, elle n'aime pas.
Alors, il prend sa hache, de la main droite, avance le bras ; 
sa main gauche, il se la coupe au poignet ; il la met à part et la lui donne.

Prends-moi, dit-il, 
dans les bras, 
maintenant que je ne puis même plus t'aimer sans ton aide.
Aussitôt, elle l'aime.
Mais, 
bientôt, 
vient le sang, le désespoir, et le fleuve qui les boit dans un seul remous.


Henri Michaux, Fables des Origines 


jeudi 5 janvier 2017

Troisième rêve de pièce
La pièce vide 3

Je suis immobile devant l'unique fenêtre, dans la pièce vide. Ce n'est plus tout à fait pareil car il y a un arbre derrière cette fenêtre, un seul arbre posé là au milieu de rien. Ce n'est même pas tout à fait un arbre car d'abord, je ne remarque qu'un tronc, un large tronc sans branche pour l'orner. Un large tronc qui aurait également pu être un poteau si, alors que je me suis concentré quelques instants pour mieux le voir, il n'y avait pas eu cette branche, aussi fine qu'un long fil de couleur sombre. Mais il y a bien cette branche et, devant moi, à une dizaine de mètres de la fenêtre, il y a bien un presqu'arbre qui se dresse. Si je pouvais me concentrer davantage, je distinguerais chaque nervure sur le tronc, chaque chemin dessiné, chaque aspérité tapissée de mousse, chaque embryon de branche, chaque imperfection et chaque perfection qui font ce qu'est ce presqu'arbre. Mais cette chose qui me gratte au niveau du cou détourne bientôt mon attention, je baisse les yeux pensant pouvoir constater, oubliant que personne ne peut voir son propre cou sans aide extérieur. La fenêtre ne me reflète rien d'autre que l'image de ce tronc et de la branche au bout de laquelle semble prendre un autre fil que je n'avais pas remarqué ou qui est apparu pendant que je cherchais à constater mon cou. Ce n'est même pas tout à fait un fil mais peut-être bien une corde. Ce n'est même plus toute à fait une simple gène mais une douleur qui s'enroule, c'est comme s'il y avait des mains, comme si je n'allais bientôt plus pouvoir respirer, comme si ces mains étaient les miennes que je sens pourtant à leur place habituelle, collées le long de mon corps, c'est comme s'il y avait un boa mais il n'y a que moi dans cette pièce vide, devant l'unique fenêtre, face au presqu'arbre. Au bout de la corde accrochée à la branche, un nœud. Et la douleur m'étouffe avant que je ne remarque que mes pieds ne touchent plus le sol. Je lance mes bras au-dessus de ma tête et ne trouve rien, je brasse l'air un instant, mes muscles s'engourdissent, et tout retombe mollement. Mes cervicales cèdent quand je lève les yeux et vois au bout de la corde, prisonnier du nœud, cette tête qui est la mienne.