Parfois,
il s'agit de se faire un petit monde à soi, de se le remplir, de se
mettre bien dedans comme il faut avec le confort et la sensation des
draps lavés c'était hier dans la nuit les machines ont tourné
ronronné dans leur pièce bien à elles où on leur laisse l'espace.
Ça nous a donné des draps tout blancs tout neufs avec
de l'humide mais pas trop des senteurs de machine, des draps qu'on va bientôt
repourrir,
ce
n'est pas du
voulu de
l'exprès, c'est de l’incontrôlé, ça sort c'est tout et les
draps sont là, en-dessous, mauvais endroit, on les relavera, ce sont
juste des draps d'hôpital dans lesquels vomir attendre mourir ou
vivre ou. Tout se formule vite et se déformule, ça ne consiste pas
à vivre mourir, ça se passe dans la formule qui ne sort jamais,
juste les
gémissements habituels.
Suivre l'aiguille de l'horloge sur le mur, ça je peux, dans mes
petites cordes, quand elle tourne en rond l'aiguille et autour de
quoi, autour de rien dans les yeux la fatigue c'est une aiguille qui
tourne autour de avant de m'attraper et de me piquer dans les
entournures et même un peu partout mais surtout les paupières sans
pitié et ça se ferme sans avoir le temps de songer.
mercredi 8 mars 2017
vendredi 24 février 2017
L'infirmière
arrive avec des yeux prêts à
sortir des larmes en trois
clignements, des yeux de qui a perdu quelqu'un de malade de parti
pour de bon et
qu'on a enterré, quelqu'un qui fait tout couler depuis,
qui n'est pas là pour dégainer son mouchoir.
Quelqu'un qui prendra d'abord toute la place dans l'esprit,
éparpillera des petites choses pour rappeler sans qu'on donne
l'accord. Quelqu'un qui bientôt perdra sa voix qu'on arrivera même
plus à recréer dans l'oreille, grave
aigu, aucune variation, puis plus
de petite voix, ça se sera
rendu muet. Après ça sera l'évaporation du corps du visage, en ne
laissant rien que des pensées invisibles pour
boursoufler au bord des yeux. Des
visages, j'en invente dans ma tête, des yeux des bouches des nez,
tout pour me donner à voir du crédible et que ça tienne debout.
Les visages, je les fais tomber malade jusqu'à ce que les yeux se
ferment à un moment avec la mort. Ça me fait glisser
des larmes, ça me fait du bien
comme enlever avec la langue un morceau coincé entre deux dents. On
se sent enlevé d'une chose gênante, pareil pour les gens malades
parce qu'au début on se doit
de les aimer, les soutenir mais ça
commence à faire de vrais maux de
les voir changer. On se dit je le
reconnais pas, c'est pas celui ou
celle. La mort, elle arrive en préparant son petit terrain. La mort
qui rend tout chose tout pâle tout crevasseux, dépose des taches
et que ça commence à se voir. La mort met des chats dans des gorges
puis de la caillasse tout
un tas de choses gênantes pour
donner toux grasse. Moi même j'ai la crevasse palote, c'est que ça
ne devrait pas tarder. Après, il s'agit de cracher de l'invisible
jusqu'à se décoller les parois, fermer les yeux jusqu'à y trouver
une lumière, c'est le signal. Il
faudra composer avec des temps passés désormais. On
pose deux doigts sur les paupières, deux mains l'une sur l'une pour
les prières ou on pleure à s'en
faire des œdèmes on s'écroule on aimerait voir des lumières aussi
mais on est incapable de voir autre chose qu'un corps presque plus
tiède trop flétri fruit sec pruneau ou on
se tait et on baisse la tête. Un jour ou l'autre, le visage ira
hanter d'autres regards, la voix se trouver d'autres oreilles.
mercredi 15 février 2017
lundi 6 février 2017
Un
oiseau se jette contre la vitre pour annoncer qu'il y aura toujours
des vitres. Je fais des rêves de vitres, d'oiseaux, de vitres jetées
contre des oiseaux, des rêves dans lesquels je veux me jeter mais on
me retient on m'étrangle avant de me jeter complètement parce qu'il
n'y a plus d'intérêt à m'empêcher de faire si je suis déjà trop
étranglé pour. Je fais des rêves de moi oiseau mais à chaque fois
il y a une vitre pour m'étrangler il y a un réveil qui sursaute,
des douleurs au niveau de l'étranglement ou bien au niveau des ailes
ou bien au niveau de tout ou bien pas assez de douleur et ça me
rendort et ça refait pareil, à me réveiller alors que c'est pas
encore vraiment l'heure de. Alors, je me parle dedans assez fort pour
m'entendre penser qu'il y aura toujours des vitres.
jeudi 19 janvier 2017
Canapé
de mes parents salon de mes parents nous sommes assis de manière à
ce que tu apparaisses au premier plan plus grande que tu ne l'es au
premier plan imposante ton regard fixe ton regard éteint ton regard
qui sait déjà je porte la chemise verte à carreaux que tu m'as
offerte la chemise verte à carreaux que je n'aime pas mais que je
dois porter et que je dois aimer car c'est toi qui me l'as offerte
cette chemise verte à carreaux que tu emporteras quelques
mois après ce jour dans le salon de mes parents sur le canapé de
mes parents et ce portrait d'un semblant de nous.
Torre del Mar, Espagne, j'essaye de faire des ricochets sur la mer avec des galets j'échoue probablement j'ai ce slip de bain que j'avais emprunté puis volé à un copain pour aller à Aquaboulevard quand j'avais dix ans je te tourne le dos l'image est figée mais sonore j'entends ton rire qui se moque de ma maladresse et du slip d'enfant ridicule et les vagues rient avec toi contre moi en avalant les galets je ne veux pas te faire rire mais je continue de lancer galet après galet pour tuer le temps pour tuer les vagues chaque seconde passée le dos tourné est une occasion de plus pour ne pas affronter ton regard.
J'ai brûlé la photo la dernière qu'il me restait de toi et le bout de mon doigt alors que je croyais pouvoir ton visage une dernière fois ta photo d'identité partie en fumée dans le cendrier sur le balcon fumée qui m'a piqué le nez ta photo d'identité que tu avais signé d'un baiser au rouge à lèvres rouge et d'un je t'aime disparu tout ça j'ai brûlé la photo mais les femmes que je croisais toutes les femmes portaient sur le leur ton visage alors j'ai voulu brûler ce souvenir le dernier qu'il me restait de toi mais la boîte d'allumettes était vide.
mardi 10 janvier 2017
AMOUR
« Si tu
m'aimes, que me donnes-tu ? »
Il lui donne son
cheval rapide.
« Si tu
m'aimes, que me donnes-tu ? »
Il lui donne sa
maison ;
Puis, il donne
toutes ses richesses, et toujours, elle n'aime pas.
Alors, il prend sa
hache, de la main droite, avance le bras ;
sa main gauche, il se
la coupe au poignet ; il la met à part et la lui donne.
Prends-moi, dit-il,
dans les bras,
maintenant que je ne puis même plus t'aimer sans ton
aide.
Aussitôt, elle
l'aime.
Mais,
bientôt,
vient le sang, le désespoir, et le fleuve qui les boit dans un seul
remous.
Henri Michaux, Fables des Origines
jeudi 5 janvier 2017
Troisième
rêve de pièce
La
pièce vide 3
Je
suis immobile devant l'unique fenêtre, dans la pièce vide. Ce n'est
plus tout à fait pareil car il y a un arbre derrière cette fenêtre,
un seul arbre posé là au milieu de rien. Ce n'est même pas tout à
fait un arbre car d'abord, je ne remarque qu'un tronc, un large tronc
sans branche pour l'orner. Un large tronc qui aurait également pu
être un poteau si, alors que je me suis concentré quelques instants
pour mieux le voir, il n'y avait pas eu cette branche, aussi fine
qu'un long fil de couleur sombre. Mais il y a bien cette branche et,
devant moi, à une dizaine de mètres de la fenêtre, il y a bien un
presqu'arbre qui se dresse. Si je pouvais me concentrer davantage, je
distinguerais chaque nervure sur le tronc, chaque chemin dessiné,
chaque aspérité tapissée de mousse, chaque embryon de branche,
chaque imperfection et chaque perfection qui font ce qu'est ce
presqu'arbre. Mais cette chose qui me gratte au niveau du cou
détourne bientôt mon attention, je baisse les yeux pensant pouvoir
constater, oubliant que personne ne peut voir son propre cou sans
aide extérieur. La fenêtre ne me reflète rien d'autre que l'image
de ce tronc et de la branche au bout de laquelle semble prendre un
autre fil que je n'avais pas remarqué ou qui est apparu pendant que
je cherchais à constater mon cou. Ce n'est même pas tout à fait un
fil mais peut-être bien une corde. Ce n'est même plus toute à fait
une simple gène mais une douleur qui s'enroule, c'est comme s'il y
avait des mains, comme si je n'allais bientôt plus pouvoir respirer,
comme si ces mains étaient les miennes que je sens pourtant à leur
place habituelle, collées le long de mon corps, c'est comme s'il y
avait un boa mais il n'y a que moi dans cette pièce vide, devant
l'unique fenêtre, face au presqu'arbre. Au bout de la corde
accrochée à la branche, un nœud. Et la douleur m'étouffe avant
que je ne remarque que mes pieds ne touchent plus le sol. Je lance
mes bras au-dessus de ma tête et ne trouve rien, je brasse l'air un
instant, mes muscles s'engourdissent, et tout retombe mollement. Mes
cervicales cèdent quand je lève les yeux et vois au bout de la
corde, prisonnier du nœud, cette tête qui est la mienne.
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