vendredi 28 avril 2017

D'un geste habile, 
Les mains dans les poches, 
L’œil déshabille.  

Peu en faut pour écorcher
Celle qui,
Par la vision se fait écorcer. 

Pour lui c'est un regard seulement
Pour elle c'est du harcèlement

Et tous les autres s'aveuglent en attendant le prochain arrêt. 





jeudi 23 mars 2017

D'après les Crimes Exemplaires de Max Aub.

Elle m'a dit : «  je pourrais même mourir pour toi ». C'est fait.
Sur le radeau, il n'y avait de place que pour un seul homme, nous étions deux.
On jouait à s'étrangler pour de faux, je n'ai jamais su maîtriser ma force.
Les femmes et les enfants d'abord, les femmes et les enfants d'abord alors nous autres, les hommes, nous les avons jetés par-dessus.
Le chien ramenait toujours la balle, nous sommes passés à coté d'un puits.
Comment pouvais-je savoir qu'il était chargé ?
Le manche du couteau m'a glissé des mains.
Il brûlait de savoir s'il y avait une vie après la mort, je l'ai brûlé pour qu'il sache enfin.
Je me disais bien qu'il n'y avait plus de bruit dans la cave.
Mon frère qui aimait la chasse m'a offert un fusil. Je n'aurais pas pris le temps de l'aimer.
Pourtant, j'aurais juré qu'il savait nager.
Quand je regarde ma femme allongée sur le sol, je me dis que c'est fou comme le silence peut être agréable.
Comment pouvais-je savoir qu'il était allergique à l'arsenic ?
J'ai oublié de prévenir pour les freins du vélo.
Il est tombé tout seul.

Tout ceci n'est qu'un malentendu. 

mercredi 8 mars 2017

Parfois, il s'agit de se faire un petit monde à soi, de se le remplir, de se mettre bien dedans comme il faut avec le confort et la sensation des draps lavés c'était hier dans la nuit les machines ont tourné ronronné dans leur pièce bien à elles où on leur laisse l'espace. Ça nous a donné des draps tout blancs tout neufs avec de l'humide mais pas trop des senteurs de machine, des draps qu'on va bientôt repourrir, ce n'est pas du voulu de l'exprès, c'est de l’incontrôlé, ça sort c'est tout et les draps sont là, en-dessous, mauvais endroit, on les relavera, ce sont juste des draps d'hôpital dans lesquels vomir attendre mourir ou vivre ou. Tout se formule vite et se déformule, ça ne consiste pas à vivre mourir, ça se passe dans la formule qui ne sort jamais, juste les gémissements habituels. Suivre l'aiguille de l'horloge sur le mur, ça je peux, dans mes petites cordes, quand elle tourne en rond l'aiguille et autour de quoi, autour de rien dans les yeux la fatigue c'est une aiguille qui tourne autour de avant de m'attraper et de me piquer dans les entournures et même un peu partout mais surtout les paupières sans pitié et ça se ferme sans avoir le temps de songer. 

vendredi 24 février 2017

L'infirmière arrive avec des yeux prêts à sortir des larmes en trois clignements, des yeux de qui a perdu quelqu'un de malade de parti pour de bon et qu'on a enterré, quelqu'un qui fait tout couler depuis, qui n'est pas là pour dégainer son mouchoir. Quelqu'un qui prendra d'abord toute la place dans l'esprit, éparpillera des petites choses pour rappeler sans qu'on donne l'accord. Quelqu'un qui bientôt perdra sa voix qu'on arrivera même plus à recréer dans l'oreille, grave aigu, aucune variation, puis plus de petite voix, ça se sera rendu muet. Après ça sera l'évaporation du corps du visage, en ne laissant rien que des pensées invisibles pour boursoufler au bord des yeux. Des visages, j'en invente dans ma tête, des yeux des bouches des nez, tout pour me donner à voir du crédible et que ça tienne debout. Les visages, je les fais tomber malade jusqu'à ce que les yeux se ferment à un moment avec la mort. Ça me fait glisser des larmes, ça me fait du bien comme enlever avec la langue un morceau coincé entre deux dents. On se sent enlevé d'une chose gênante, pareil pour les gens malades parce qu'au début on se doit de les aimer, les soutenir mais ça commence à faire de vrais maux de les voir changer. On se dit je le reconnais pas, c'est pas celui ou celle. La mort, elle arrive en préparant son petit terrain. La mort qui rend tout chose tout pâle tout crevasseux, dépose des taches et que ça commence à se voir. La mort met des chats dans des gorges puis de la caillasse tout un tas de choses gênantes pour donner toux grasse. Moi même j'ai la crevasse palote, c'est que ça ne devrait pas tarder. Après, il s'agit de cracher de l'invisible jusqu'à se décoller les parois, fermer les yeux jusqu'à y trouver une lumière, c'est le signal. Il faudra composer avec des temps passés désormais. On pose deux doigts sur les paupières, deux mains l'une sur l'une pour les prières ou on pleure à s'en faire des œdèmes on s'écroule on aimerait voir des lumières aussi mais on est incapable de voir autre chose qu'un corps presque plus tiède trop flétri fruit sec pruneau ou on se tait et on baisse la tête. Un jour ou l'autre, le visage ira hanter d'autres regards, la voix se trouver d'autres oreilles. 

lundi 6 février 2017

Un oiseau se jette contre la vitre pour annoncer qu'il y aura toujours des vitres. Je fais des rêves de vitres, d'oiseaux, de vitres jetées contre des oiseaux, des rêves dans lesquels je veux me jeter mais on me retient on m'étrangle avant de me jeter complètement parce qu'il n'y a plus d'intérêt à m'empêcher de faire si je suis déjà trop étranglé pour. Je fais des rêves de moi oiseau mais à chaque fois il y a une vitre pour m'étrangler il y a un réveil qui sursaute, des douleurs au niveau de l'étranglement ou bien au niveau des ailes ou bien au niveau de tout ou bien pas assez de douleur et ça me rendort et ça refait pareil, à me réveiller alors que c'est pas encore vraiment l'heure de. Alors, je me parle dedans assez fort pour m'entendre penser qu'il y aura toujours des vitres.